Cindy Bertault : rêve de luxe et quête de sens

A 18 ans, Cindy Bertault quitte sa campagne pour rejoindre la capitale où elle devient maquilleuse. Des rêves de paillettes plein la tête, elle fait les bonnes rencontres au bon moment et se retrouve à bosser pour les plus grands créateurs. Aujourd’hui, la trentenaire souhaite mettre le luxe entre parenthèses pour s’occuper des vrais gens.

Paris 5e – Brasserie Maison Marie. Depuis toute petite, Cindy Bertault rêve de fame et de paillettes. Mission accomplie pour celle qui maquille désormais les plus grands. Accoudée en terrasse, trait d’eye-liner et fard à paupière discret, elle balance quelques noms de célébrités croisées au cours de sa carrière. Hélène Ségara, « une meuf hyper sympa. Un amour ». Nicolas Maury [acteur dans la série Dix pour cent, ndlr], « hyyyypra bonnes vibes ». Même la papesse Anna Wintour, qu’elle rencontre lors d’un défilé de Christopher Kane à Paris.

« CA-RI-CA-TU-RALE, appuie Cindy en dégustant son sirop de pêche. Elle est là, avec ses lunettes de soleil, entourée de tous ses assistants over-gays. Pas bonjour, pas au revoir. Tu la maquilles à genoux parce qu’elle est toujours sur son téléphone. Mais c’est elle qui crée la mode donc j’étais à la limite de me faire pipi dessus ». Cindy le sait, ce milieu est très difficile. Il faut réussir à mettre son égo de côté et se plier en quatre pour ses clients. « Ça fait partie des skills à avoir ».

Mettre son égo de côté

Elle rêvait de participer à la fashion week. Pari réussi lorsqu’elle se retrouve en backstage du défilé Alexander Wang à Paris, où elle s’active pour maquiller les mannequins qui présentent la nouvelle collection du créateur américain. Le stresse monte, rien ne doit être laissé au hasard. Un coup de crayon sous les yeux, une touche de poudre sur les joues, Cindy s’applique pour que tout soit parfait. « Il faut être très rigoureux. Pas le droit à l’erreur sinon on est mal vu et les gens ne nous font plus confiance pour la suite », explique la jeune femme de 37 ans, habillée d’un petit haut noir et d’un pantalon rose poudré.

En novembre dernier, elle suit une multimilliardaire américaine à Paris pendant quatre jours. Cette femme est venue avec une soixantaine de copines fêter son anniversaire au Ritz. « Ils avaient affrété un avion Air France pour faire le voyage. Même si bon, ils avaient tous leur jet, souligne la maquilleuse, yeux écarquillés. Ils vivent dans un autre monde ». Lorsqu’elle arrive le premier jour dans la chambre de sa cliente, Cindy hallucine : « Il y avait un petit couloir qui donnait sur quatre immenses pièces. La salle de bain faisait la taille de mon appart. Tout était en or. Et je sais pas si vous avez déjà vu un majordome, mais moi c’est la première fois que j’en rencontrais un ».

La maquilleuse doit être disponible à tout moment pendant ces quelques jours. Une fois encore, elle ne doit commettre aucune faute. « C’est l’une des personnes les plus exigeantes que j’ai rencontré. Tout le monde se pliait en quatre pour elle et il ne fallait rien attendre en retour. Ça peut sembler bizarre de dire ça mais elle ne prenait même pas conscience que je pouvais avoir soif et n’avait aucune idée de comment je pouvais m’appeler ». Pourtant, Cindy se dit prête à retenter l’expérience. Elle explique, toujours à grand renfort de gestes : « Il faut savoir s’adapter à ses clients et ne pas être frustrée si on ne fait pas attention à vous. Mais on rencontre des personnages incroyables, des icônes ».

 

Strass et paillettes

Alors Cindy s’accroche. Le make-up, ça paye bien. Et puis c’est sa passion, sa destinée. « Je pense qu’on ne devient pas artiste. On naît artiste », explique-t-elle en replaçant ses lunettes de soleil sur sa tête. Elle poursuit : « J’aurais préféré avoir une carrière plus simple ». Petite, déjà, elle gribouille le Télépoche de la table du salon. Les célébrités en couv sont ses premiers modèles. Les rouges à lèvres de maman y passent aussi. Elle les fait fondre au micro-onde pour créer de nouvelles teintes. « J’ai toujours voulu être dans le maquillage. J’adore travailler la matière, les couleurs ». Ado, c’est son copain qui en fait les frais. Elle le travestit, fabrique des chaussures de drag-queen en papier alu pour tous ses potes. Sa première palette ? Offerte par sa mère à ses 12/13 ans. « Une pas trop chère, avec pleins de couleurs … et des paillettes », se souvient la trentenaire entre deux taffes de sa Marlboro Light.

Un parcours à contre-emploi pour celle qui, à 18 ans, décide de plaquer sa Touraine natale pour Paris. « Quand elle veut quelque chose, elle donne tout pour l’obtenir », décrit Sonia, sa meilleure amie, rencontrée en festival il y a trois ans. Exit la campagne, place à la capitale. La grande aventure. « Le luxe, on n’avait pas ça dans les champs », sourit Cindy.

Première étape de sa nouvelle vie : la télé et des prime-time d’émissions dont le nom lui échappe. « Je ne regarde jamais la télé », balaie-t-elle en se trémoussant sur sa chaise. « La bonne planque pour ceux qui y travaillent. Pour moi, ce sont un peu des artistes ratés ». Le boulot ne lui plaît pas. Les maquillages sont peu précis, trop grossiers. « Ils ressortent de là, ils sont oranges. T’attends comme une cruche, tu fais que manger des gâteaux, avoir des conversations sans grand intérêt et remettre un coup de poudre. C’est chiant », lâche-t-elle. Les célébrités passées sous ses pinceaux ? Benjamin Castaldi, « des stars de tubes dont tu connais la tête mais pas le nom » et des footballeurs de l’équipe de France invités sur les plateaux télés. « Je les connaissais même pas. C’était en 98. Ah nan, 98 on a gagné, non ? 2002 alors. Ils ont perdu hyper vite, trop vite pour mon cachet », pouffe-t-elle en s’accoudant à la table. A 22 ans, elle passe devant la caméra et fait une brève apparition dans la saison 2 du Bachelor, sur M6. Rêves de fame abrégés, puisqu’elle est éliminée dès la première cérémonie. « J’adore les expériences de la vie », élude la grande brune lorsque le sujet télé-réalité arrive sur le tapis.

En parallèle, elle fait ses premiers pas dans une grande chaîne de cosmétiques. Elle y reste un peu moins d’un an. « C’était surtout pour avoir un CDI et pouvoir payer mon appart », explique Cindy, qui remet ses cheveux en arrière. Petit rire gêné. Pas tout à fait ce qui était prévu pour celle qui aspire à plus. Après des séjours à Londres et Barcelone, elle rentre à Paris et commence à bosser pour Nars Cosmetics. Sans le savoir, elle mise sur le bon cheval. A l’époque, personne ne connaît vraiment la marque, distribuée seulement dans les très branchés Colette et Bon Marché. « Le luxe parisien », ponctue-t-elle, des étoiles dans les yeux. Personne, jusqu’à son arrivée. « Nars, c’est mon bébé. C’est un peu grâce à moi, sans faire preuve de modestie [sic]. J’étais l’image de cette marque », commente-elle en se désignant du doigt. Vente des produits, com’ de la marque, formation des vendeuses, défilés de mode aux quatre coins du globe… Elle est sur tous les fronts et étoffe son réseau en côtoyant des make-up artists comme Diane Kendal, Val Garland ou encore Tom Pecheux.

Choisir ses projets

Un semblant de vie privée, pas d’enfants. Pas le temps. En 2016, Cindy décide de quitter sa boîte et se lance dans l’auto-entrepreneuriat. Elle court toujours après les paillettes mais souhaite pouvoir choisir ses projets. « Mon travail, c’était ma vie. Métro, boulot, dodo. Pendant tout ce temps tu bosses de ouf. Maintenant, j’ai envie de faire ce qui me plait », reconnaît-elle en jouant avec sa clope. Continuer de travailler mais pour des marques qu’elle aura choisi. Elle bosse en indé et fait partie de la short list des maquilleuses qui travaillent avec Dolce & Gabbana, Narciso Rodriguez, Zadig & Voltaire. Des contacts glanés à droite à gauche durant ses neuf ans chez Nars.

Prochaine étape : aider les malades du cancer à « retrouver leur féminité ». Cacher les cernes, recréer les sourcils, vivifier le teint. L’année prochaine, Cindy souhaite intégrer une association œuvrant à l’hôpital. Un projet qui tient à cœur à celle qui a accompagné son compagnon, atteint d’une tumeur au cerveau, pendant plusieurs mois.

« La photo ? Vous avez besoin d’une photo pour illustrer votre article ? Je me maquille ou je reste naturelle ? ». Elle opte pour le make-up, se met un petit coup de rouge à lèvres. Avant de tourner les talons, elle nous adresse une dernière recommandation pour la route : « Quand on a des cernes, on met du rouge à lèvres. Conseil de maquilleuse ».

Léa Gaumer – Antoine Mahut

 

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