Dans son livre Une belle grève de femmes, Anne Crignon relate la lutte des sardinières de Douarnenez à l’hiver 1924. Un récit captivant.
« Pemp real a vo ! ». « Nous voulons 25 sous et nous les aurons ». Ce slogan est celui des Penn sardin, ces ouvrières qui œuvrent nuit et jour à emboîter les sardines dans les conserveries de Douarnenez. Nous sommes à l’hiver 1924, le 21 novembre précisément. Elles sont en grève après que l’un de leur patron ait refusé de les recevoir pour discuter de leurs conditions de travail et de leur salaire. La grève va durer plusieurs semaines.
Anne Crignon, journaliste à L’Obs et à Siné Mensuel, relate cette histoire ouvrière méconnue dans son livre Une belle grève de femmes paru aux éditions Libertalia. Le titre est emprunté au récit publié par Lucie Colliard en 1925 à la Librairie de l’Humanité. Cette féministe, figure du syndicalisme et du parti communiste, est l’une des seule à avoir relaté, à l’époque, cette révolte de femmes.
Le texte d’Anne Crignon est entrecoupé de témoignages de sardinières recueillis par Anne-Denes Martin, leur biographe. Des verbatims qui permettent de ressentir la misère sociale dans laquelle vivaient ces femmes à l’époque et la dureté du travail. L’une d’elle raconte : « On achetait pour quatre sous de beurre, juste pour le repas. Les mères avaient honte d’acheter le beurre pour quatre sous. Alors elles envoyaient les enfants l’acheter. » Et puis sur le travail des enfants : « Ma mère est née en 1895. Elle est allée travailler à l’usine à dix ans, sous un faux nom. On lui a mis une coiffe et elle est allée travailler. […] Le travail le plus dur était aussi pour nous, les petites filles. Le travail le plus dur, c’était de rester la nuit, jusqu’à minuit, une heure du matin. […] Et on reprenait le lendemain matin, à huit heures comme tout le monde ».
En racontant leur histoire, l’autrice redonne vie à toutes ces héroïnes des conserveries de poissons de la région. On croise aussi la route de Daniel Le Flanchec, le maire coco de Douarnenez au tragique destin et de Charles Tillon, responsable de la CGTU en Bretagne, futur député et ministre et fondateur des Francs-tireurs et partisans (FTP), mouvement de résistance intérieure française fondé fin 1941.
En janvier 1925, les patrons capitulent. Après plusieurs semaines de grève et de lutte, les Penn sardin obtiennent des augmentations de salaire, l’application de la loi de huit heures, la majoration des heures de nuit et des heures supplémentaires, etc. La lutte a fini par payer. Les sardinières peuvent exulter : « On a eu les vingt-cinq sous. Pemp real a vo ! »
A.M.
Une belle grève de femmes, aux éditions Libertalia. 168 pages. 10 €.
