Mademoiselle Pogany dort entourée de ses sœurs, toutes Pogany, comme elle. Mais elle, elle est plus belle. Je la vois plus belle.
Je suis là face à elle. Elle dort. Recroquevillée sur elle-même, elle se protège, garde ses rêves pour elle. Elle semble demander : « Ne venez pas m’embêter, je suis si fatiguée ».
Je fais quelques pas. Elle dort, profil droit. Elle a changé. C’est certain vu d’ici, son sommeil est paisible, demain ne l’effraie pas. Elle sait : « Ne vous gênez pas pour moi. Je suis bien là, vous ne me réveillerez pas. »
Encore quelques pas, me voici derrière elle. Sa nuque. Courbée. Le chignon, n’est pas défait. Elle ne compte pas dormir longtemps : « On s’est bien amusés ! Je vais dormir un court instant. On m’attend quelque part… »
Quelques pas de plus. Elle dort. Profil gauche. Le visage a changé. À n’en pas douter, elle souffre, dormir ne suffira pas, ses traits sont tirés. Elle crie : « Réveillez-moi ! »
Regarder dormir Pogany un mercredi soir, à Beaubourg, c’est beau ! C’est Brancusi !
Gabrielle Mahut
L’exposition Brancusi est à voir jusqu’au 1er juillet au centre Pompidou à Paris.

